Le papier à la colle est l’une des formes les plus accessibles de papier décoré. Il ne nécessite ni bain de marbrure, ni pigments spécialisés, ni presse élaborée. Une feuille de bon papier est recouverte de pâte colorée, puis brossée, peignée, striée, estampée ou séparée d’une autre feuille avant de sécher. Les traces demeurent sous forme de légères crêtes et de variations de couleur, donnant à la feuille finie une profondeur que la peinture plate ne peut tout à fait offrir.
Il est depuis longtemps associé à la reliure, notamment comme papier de couverture ou papier de garde, mais convient tout aussi bien aux fonds de tiroir, aux petites boîtes, aux portfolios, aux étiquettes et aux carnets recouverts à la main. La méthode récompense davantage une préparation attentive que la rapidité. Réalisez plusieurs feuilles à la fois, acceptez les variations et réservez les plus belles pour les ouvrages qui seront souvent manipulés.
Matériaux et installation pratique
Rassemblez ce qui suit avant de mélanger les couleurs :
- Papier à dessin, papier d’impression ou papier pour gravure épais. Choisissez un papier assez résistant pour supporter l’humidification et le frottement. Les feuilles lisses comme les feuilles légèrement texturées conviennent, bien qu’elles retiennent les marques différemment.
- Colle d’amidon de blé, colle à la farine ou méthylcellulose.
- Gouache ou peinture acrylique. La gouache donne une couleur douce et dense ; l’acrylique est durable, mais doit être employée avec parcimonie, car un excès peut rendre la surface sèche rigide.
- Un pinceau doux et large pour étaler la pâte, ainsi que de petits pinceaux pour les marques.
- Un peigne, une vieille fourchette, une raclette en caoutchouc, une carte rigide ou un morceau de plastique cranté.
- Un couteau à palette ou une cuillère pour mélanger.
- Une planche ou une surface de travail imperméable.
- Du papier buvard, du papier journal propre ou du papier absorbant uni pour le séchage.
- Des poids et deux planches propres pour aplanir les feuilles terminées.
Coupez le papier à un format maniable avant de commencer. Les demi-feuilles sont plus faciles à maîtriser que les grandes feuilles, surtout pendant l’apprentissage. Gardez une marge sans pâte si vous prévoyez de recouper le papier plus tard ; vous obtiendrez ainsi un bord net pour recouvrir des cartons ou garnir un tiroir.
Photo de Darien Attridge sur Unsplash.
Choisir le papier selon son usage final
Le meilleur papier n’est pas forcément la feuille la plus épaisse disponible. Il doit absorber un peu d’humidité sans devenir aussitôt mou et pelucheux, tout en restant suffisamment souple pour épouser proprement un carton de reliure ou l’angle d’un tiroir.
Pour les couvertures de livres, utilisez un papier à dessin ou pour gravure assez fort, avec une surface ferme. Pour les papiers de garde, choisissez une feuille qui se plie nettement et qui n’est pas trop épaisse au pli. Pour les fonds de tiroir, un papier légèrement plus épais est bienvenu, car il reposera à plat et supportera l’usage domestique ordinaire.
Évitez le papier couché brillant, le papier à croquis très fin et le papier bon marché très absorbant. Les surfaces brillantes peuvent repousser la pâte ou la faire sécher de façon irrégulière. Le papier fin a tendance à se froisser profondément. Un papier très absorbant peut boire la couleur avant que vous ayez le temps de créer un motif.
Avant de préparer plusieurs feuilles, faites un petit essai. Il vous indiquera si le papier gondole trop, si la couleur paraît terne une fois sèche et si votre pâte est trop liquide ou trop épaisse.
Préparer la pâte
La pâte doit être lisse, facile à étaler et assez épaisse pour conserver une marque pendant un instant. Elle ne doit pas être si ferme qu’elle déchire le papier lorsqu’on y passe un peigne.
Colle d’amidon de blé cuite
Pour une pâte traditionnelle préparée en cuisine, incorporez progressivement de la farine ou de l’amidon de blé à de l’eau froide au fouet, jusqu’à ce qu’il ne reste plus de grumeaux secs. Une proportion de départ utile est d’une part de farine pour quatre parts d’eau en volume. Faites chauffer doucement le mélange au bain-marie, ou dans un bol résistant à la chaleur placé au-dessus d’une eau frémissante, en remuant constamment jusqu’à ce qu’il épaississe et devienne translucide ou brillant. Ne le laissez pas sans surveillance, car la pâte peut attacher au fond de la casserole.
Laissez-la refroidir complètement avant d’ajouter la peinture. Si elle devient plus ferme qu’une crème épaisse, détendez-la avec un peu d’eau. Si elle coule comme du lait, faites-la cuire un peu plus longtemps ou ajoutez une petite quantité de pâte plus épaisse.
Méthylcellulose
La méthylcellulose est pratique lorsque vous souhaitez une pâte qui se conserve quelque temps et ne demande pas de cuisson. Préparez-la selon les instructions de l’emballage, en lui laissant le temps nécessaire pour que la poudre s’hydrate complètement. Elle donne généralement une pâte lisse et claire, agréable pour les motifs fins au peigne et au pinceau.
Quelle que soit la pâte choisie, ne mélangez que la quantité que vous pouvez employer au cours d’une courte séance. Conservez le reste, couvert, au réfrigérateur et jetez-le s’il développe une odeur désagréable, des moisissures ou un changement évident de texture.
Mélanger la couleur en portions séparées
Répartissez la pâte à la cuillère dans de petits bols ou pots, puis ajoutez la couleur progressivement. La pâte doit sembler un peu plus soutenue que la teinte souhaitée sur le papier sec, car elle sèche souvent plus claire.
La gouache convient particulièrement bien, car elle se mélange facilement et produit une couleur opaque et veloutée. La peinture acrylique fonctionne également, mais employez assez de pâte pour qu’elle reste le composant principal du mélange. Un mélange trop chargé en acrylique peut sécher en formant un film dur, susceptible de craqueler au pli ou de résister à la colle de reliure.
Essayez deux couleurs proches plutôt qu’une multitude de teintes concurrentes : indigo et gris bleuté, ocre et terre d’ombre, vert et jaune sourd. Une autre méthode simple consiste à couvrir la feuille d’une couleur et à poser une seconde couleur par larges coups de pinceau interrompus. La première couleur restera visible dans les sillons tracés.
Photo de Darien Attridge sur Unsplash.
Comment fabriquer du papier à la colle
1. Préparez légèrement le papier
Posez une feuille sur votre planche. Si votre papier est très ferme, humidifiez-le d’abord légèrement avec de l’eau propre au pinceau. Cela aide la pâte à se déplacer sur la surface et réduit les zones sèches abruptes. La feuille doit être humide, mais non saturée ni brillante de flaques d’eau.
Certains papiers fonctionnent bien sans humidification préalable. En cas de doute, comparez deux petites feuilles d’essai : l’une humidifiée et l’autre laissée sèche.
2. Étalez une couche fine et régulière de pâte colorée
Chargez un pinceau doux et large, puis étalez la pâte colorée sur la surface par gestes calmes et légèrement chevauchants. Cherchez à obtenir une couche uniforme, de l’épaisseur d’une couche de crème plutôt que d’un glaçage en relief.
Travaillez assez vite, sans frotter. Des passages répétés du pinceau peuvent abîmer la surface du papier et créer des traînées boueuses. Si la pâte s’étale en zones sèches et discontinues, ajoutez un peu d’eau au mélange ou humidifiez plus régulièrement la feuille suivante.
3. Créez le motif tant que la pâte est encore ouverte
Les marques les plus satisfaisantes naissent généralement de la retenue. Faites passer l’outil une seule fois avec intention, plutôt que de le déplacer nerveusement d’avant en arrière.
Pour un motif peigné, tirez un peigne en longues lignes du haut vers le bas. Essuyez les dents entre les passages si la pâte s’y accumule. Changez légèrement la direction pour obtenir une grille ondulée et souple, ou faites glisser le peigne selon une courbe peu prononcée pour un motif plus fluide.
Pour un papier travaillé au pinceau, utilisez un pinceau plutôt sec afin de tracer des arcs, des tirets, des pointillés ou des traits diagonaux dans la surface. Un pinceau large peut créer des bandes ; un petit pinceau produit des effilochages et des lignes rapides.
Pour des traces tirées, passez une raclette en caoutchouc, le bord d’une carte rigide ou un couteau à palette à travers la pâte. Modifiez l’inclinaison de l’outil au fil du geste. Un angle bas enlève davantage de pâte ; un angle plus relevé laisse un sillon discret.
Pour un motif obtenu par séparation, enduisez deux feuilles de pâte et pressez doucement les côtés enduits l’un contre l’autre. Séparez-les d’un mouvement régulier. Chaque feuille portera une texture irrégulière et en miroir. Cette méthode est particulièrement utile si vous souhaitez un papier vivant sans dessin planifié.
Vous pouvez aussi presser un doigt, un bouchon, un tissu texturé, une petite branche sans feuilles ou un simple tampon dans la surface. Employez des outils propres et travaillez du haut vers le bas de la feuille afin que votre main ne repose pas dans la pâte humide.
4. Arrêtez-vous avant que le motif ne devienne trop chargé
Le papier à la colle gagne à laisser une part de la couleur d’origine intacte. Si une feuille vous semble trop travaillée, mettez-la de côté plutôt que d’ajouter une autre couche de marques. Le séchage adoucit souvent les contrastes forts et intègre les coups de pinceau qui paraissaient bruts à la surface.
5. Séchez la feuille en la soutenant
Soulevez délicatement la feuille par deux coins et posez-la face vers le haut sur une surface de séchage propre. Une grille, une planche ou une rangée de papier absorbant propre convient. Gardez les feuilles séparées afin que les bords humides ne se touchent pas.
À mesure que la pâte sèche, le papier peut se recourber. C’est normal. Laissez-le sécher complètement avant de l’aplanir ; le forcer à plat trop tôt peut perturber le motif ou faire déteindre la pâte sur une autre feuille.
Photo de Darien Attridge sur Unsplash.
Aplanir sans abîmer la surface
Lorsqu’il est sec au toucher, placez le papier à la colle entre des feuilles propres de papier buvard ou de papier absorbant uni. Placez cet ensemble entre deux planches plates et ajoutez un poids modéré. Laissez-le ainsi plusieurs heures ou toute une nuit.
Remplacez les buvards s’ils deviennent humides. L’objectif est d’appliquer une pression douce et régulière, non un écrasement puissant qui effacerait toute trace de texture. Le papier à la colle est apprécié en partie pour son léger relief ; n’exercez donc qu’une pression suffisante pour supprimer le gondolage et rendre la feuille facile à utiliser.
Si vous comptez employer le papier comme papier de garde, pliez d’abord une petite bande d’essai. Une bonne feuille doit se courber sans que la surface colorée se détache. Si elle craque, le mélange contenait probablement trop de peinture ou la couche de pâte était trop épaisse.
Employer le papier à la colle dans les livres et à la maison
Recoupez les feuilles sèches avec un couteau bien affûté et une règle, plutôt que de les déchirer. Pour une couverture de livre, laissez assez de papier pour le replier autour des bords du carton. Choisissez un motif dont l’orientation convient au livre : des lignes peignées verticales peuvent donner plus de hauteur à un dos étroit, tandis que de larges marques horizontales apportent du calme à un volume plus large.
Pour les papiers de garde, choisissez un motif plus discret que celui que vous utiliseriez pour une couverture. Un papier à la colle très en relief ou fortement peint peut épaissir le pli. Une feuille à couche fine, peignée, est généralement plus agréable en main.
Pour les fonds de tiroir, coupez le papier juste un peu plus petit que les dimensions intérieures, en laissant une fine marge tout autour. Cela évite que la garniture ne se boursoufle dans les coins lorsque le bois se dilate et se contracte. Collez-le avec une colle adaptée au papier, appliquée en couche fine et régulière, puis lissez du centre vers l’extérieur avec un chiffon propre ou un plioir protégé par du papier de rebut.
Erreurs utiles à éviter
Pâte trop liquide : La couleur s’étale en flaques pâles et les marques des outils disparaissent. Épaississez légèrement la pâte ou utilisez moins d’eau pour humidifier le papier.
Pâte trop épaisse : L’outil accroche, les fibres du papier se soulèvent et les reliefs secs peuvent devenir cassants. Détendez un peu le mélange et utilisez un pinceau plus doux.
Trop de peinture : La feuille paraît plastique ou craque au pli. Gardez la pâte comme médium principal et ajoutez la couleur par petites quantités.
Surface trop travaillée : De nombreux passages mélangent les couleurs et les transforment en boue. Limitez-vous à un motif principal et, éventuellement, à un petit accent.
Aplanissement sur papier encore humide : La pâte peut se transférer, coller ou perdre sa texture de surface. Attendez que la feuille soit complètement sèche avant de la presser.
Le papier à la colle devient plus utile sous la forme d’une petite collection que d’une unique feuille précieuse. Réalisez plusieurs feuilles dans une palette restreinte, inscrivez au dos les couleurs et la pâte employées, puis conservez-les à plat jusqu’à ce qu’un livre, une boîte ou un tiroir les réclame. Son irrégularité fait partie de son charme : chaque feuille conserve le mouvement du pinceau, du peigne et de la main.