Un tenon traversant chevillé par des coins trouve naturellement sa place là où l’assemblage peut être vu et compris : le pied d’un tabouret traversant son assise, une traverse de banc rejoignant une extrémité, ou l’entretoise d’une petite table assemblée à une ceinture épaisse. L’extrémité visible n’est pas seulement décorative. Les coins écartent le tenon après son passage dans la mortaise, créant à la fois un verrouillage mécanique et un assemblage collé.
Cet assemblage est tolérant à un égard : une légère erreur d’ajustage peut être corrigée au rabot ou au ciseau. Il l’est beaucoup moins à un autre : les coins exercent une force réelle. Un tenon trop mince, une mortaise trop proche d’un bord ou un coin chassé dans la mauvaise direction peut fendre la pièce qui l’entoure. Le travail discret se fait donc avant d’ouvrir le pot de colle : tracer des proportions saines, choisir du bois à fil droit et essayer l’assemblage complet à sec.
Choisir les proportions avant de couper
Pour une assise, un plateau ou une traverse d’épaisseur moyenne, commencez par un tenon assez substantiel tout en laissant suffisamment de matière autour de la mortaise. Comme point de départ général, donnez au tenon environ un tiers de l’épaisseur de la pièce qui le porte. Une assise de 30 mm, par exemple, peut recevoir un tenon d’environ 10 mm d’épaisseur. Les dimensions finales dépendent de l’essence, de la charge et de la quantité de matière autour de la mortaise, mais un tenon fin et élégant n’est pas le meilleur point de départ pour un assemblage à coins.
Laissez une marge généreuse de bois aux bords de la mortaise. Cela compte particulièrement dans une assise de tabouret, où la mortaise du pied peut se trouver près d’un bord ou d’un angle arrondi. Le coin écarte le tenon à l’intérieur de la mortaise ; si cette force est dirigée vers une étroite bande de bois de fil court, l’assise peut se fendre.
Le tenon doit dépasser de la face finie d’environ 3 à 6 mm. Cela laisse assez de matière pour les coins et l’arasement ultérieur, sans former un long bout apparent facile à meurtrir. Réalisez des épaulements larges, plats et d’équerre. Ils déterminent la position finale des pièces et empêchent l’assemblage de paraître irrégulier, même si son extrémité visible est proprement chevillée.
Prévoyez les fentes de coin et les coins de sorte que leur expansion agisse dans la direction la plus sûre : vers la longueur large et bien soutenue de la mortaise, plutôt que vers son bord le plus proche. Sur un tenon rectangulaire, deux coins étroits sont généralement plus faciles à maîtriser qu’un seul coin large. Laissez du bois plein aux deux bords extérieurs du tenon plutôt que de couper les fentes trop près de ses côtés.
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Réunir et préparer le bois
Utilisez, si possible, du bois dur à fil droit pour la pièce tenonnée comme pour la pièce mortaisée. Évitez un tenon comportant un nœud, un fil sinueux ou une gerce à son extrémité ; les coins trouveront ces faiblesses et les agrandiront.
Pour les coins, choisissez un bois dur à fil droit. Une essence contrastante peut rendre l’assemblage fini élégant, mais la résistance et le sens du fil passent avant tout. Le fil du coin doit suivre sa longueur, de la pointe vers sa base. Un coin dont le fil court traverse sa longueur risque de s’écraser ou de casser lorsqu’il est chassé.
Préparez les outils suivants avant de commencer :
- Couteau à tracer et trusquin
- Bédane à mortaiser d’une largeur proche de celle prévue pour la mortaise
- Scie à tenons et petite scie à dos ou scie à carcasse
- Maillet adapté au bédane à mortaiser
- Rabot à fond, rabot à épaulement ou ciseau bien affûté pour les ajustements
- Rabot de paume pour ajuster les joues et les épaulements du tenon
- Perceuse et petit foret, utiles pour arrêter proprement les fentes
- Serre-joints, maillet sec et cale de bois pour l’assemblage
Affûtez le ciseau et la scie avant le traçage. Un assemblage à coins doit être ajusté en retirant de fins copeaux, non en forçant un tenon grossier dans une mortaise.
1. Tracer la mortaise à partir du bédane
Tracez la mortaise à partir du bédane qui servira à la creuser. Plutôt que de mesurer une largeur puis d’essayer de la reproduire avec des outils différents, réglez le trusquin sur la largeur du bédane ou utilisez directement le bédane pour établir les deux parois. La mortaise et le tenon resteront ainsi cohérents.
Marquez l’emplacement de la mortaise au couteau, puis approfondissez légèrement les lignes avec le couteau ou un trusquin. Tracez un axe net sur la pièce qui reçoit la mortaise. S’il y a plusieurs pieds ou traverses, repérez les faces et conservez une face de référence durant tout le travail. Un assemblage peut être coupé avec précision tout en se retrouvant de travers si ses pièces sont tracées à partir de faces alternées.
Pour une mortaise traversante, tracez le contour au couteau sur les deux faces. Reportez soigneusement l’emplacement sur les chants à l’aide d’une équerre. Les lignes sur la face de sortie sont importantes : elles empêchent le ciseau d’éclater le bois au-delà de l’ouverture prévue.
2. Creuser la mortaise depuis les deux faces
Serrez fermement la pièce sur une solide planche martyre. Commencez légèrement à l’intérieur d’une extrémité de la mortaise, le biseau du ciseau tourné vers le déchet. Enfoncez le ciseau par petites étapes, en ne faisant levier pour extraire le déchet qu’une fois qu’il a de la place pour bouger. Progressez vers l’extrémité opposée, sans chercher à atteindre toute la profondeur en une seule passe.
Lorsque la mortaise atteint environ la moitié de l’épaisseur, retournez la pièce et recommencez depuis l’autre face. Se rejoindre au milieu réduit fortement les éclats et aide à maintenir une ouverture nette des deux côtés.
Gardez le ciseau d’aplomb, en vérifiant fréquemment dans deux directions. Une mortaise traversante inclinée peut encore accepter son tenon, mais les épaulements ne porteront pas uniformément et l’extrémité saillante paraîtra de travers.
Parez les parois seulement après avoir retiré l’essentiel du déchet. Utilisez les lignes de couteau comme limites, non comme lignes à traverser au ciseau. La mortaise doit conserver des parois droites sur la majeure partie de sa profondeur. Un très léger dégagement sur la face de sortie peut être utile, surtout là où les coins écarteront le tenon, mais n’en faites pas un large entonnoir. Le tenon doit toujours porter fermement contre les parois de la mortaise.
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3. Tracer et couper le tenon
Utilisez la mortaise terminée pour confirmer les dimensions du tenon. Réglez le trusquin à partir de la largeur de la mortaise, en plaquant toujours le talon contre la même face de référence. Tracez les deux joues, puis marquez au couteau la ligne d’épaulement tout autour de la pièce tenonnée.
Sciez d’abord les épaulements. Commencez par un trait de scie peu profond et précis du côté du déchet de la ligne de couteau, puis approfondissez-le sur toute la face. Une coupe d’épaulement nette importe davantage qu’une coupe rapide ; c’est la ligne que l’œil lira sur le meuble fini.
Sciez ensuite les joues en restant juste à l’extérieur des lignes du trusquin. Fendez ou sciez le déchet, puis rabotez ou parez les joues jusqu’à l’ajustage. Un rabot de paume convient bien aux larges joues ; un rabot à épaulement ou un ciseau peut affiner les derniers points hauts.
Essayez souvent le tenon, mais ne le martelez jamais dans une mortaise serrée durant l’ajustage. Il doit entrer sous une pression ferme de la main ou avec de légers coups de maillet appliqués sur une cale protectrice. S’il coince, examinez les zones brunies sur les joues et retirez de la matière uniquement à ces endroits. Laissez les épaulements intacts, sauf s’ils empêchent visiblement l’assemblage de se fermer.
Cherchez un tenon qui s’enfonce complètement et dont les épaulements viennent en contact avec la pièce tout autour. Un tenon lâche ne peut pas devenir solide simplement en enfonçant des coins plus grands. Les coins doivent écarter un assemblage déjà bien ajusté, non compenser un mauvais ajustage.
4. Couper les fentes pour les coins
Une fois le tenon ajusté à sec, marquez les fentes sur son extrémité exposée. Pour un tenon rectangulaire, placez deux fentes régulièrement réparties dans sa largeur, en laissant du bois plein à chaque bord extérieur. Arrêtez les fentes nettement avant l’épaulement. Une distance d’environ 3 à 6 mm constitue une marge de départ raisonnable pour un petit meuble, à augmenter pour des pièces plus grandes.
Les fentes doivent suivre la direction qui écartera le tenon contre les côtés les plus solides et les plus sûrs de la mortaise. Arrêtez-vous ici pour réfléchir aux forces en jeu : le coin ouvre la fente perpendiculairement au trait de scie. Si cette ouverture pousse fortement vers le bord le plus proche d’une assise ou d’un plateau, changez le sens de la fente ou repensez l’emplacement de l’assemblage.
Percez un petit trou de dégagement à l’extrémité intérieure de chaque fente avant de scier. Le trou arrondit la fin de la coupe et réduit le risque qu’une fente se prolonge vers l’épaulement. Sciez ensuite depuis l’extrémité du tenon jusqu’au trou. Gardez la fente étroite et centrée. Une scie à main à trait fin suffit.
5. Fabriquer des coins minces et assortis
Fabriquez les coins à partir d’une même baguette à fil droit afin qu’ils se comportent de manière semblable. Leur largeur doit correspondre à la largeur disponible de chaque fente, plutôt que de s’étendre jusqu’aux bords extérieurs du tenon. Leur pente doit être progressive. Un coin mince à pente longue et régulière offre davantage de contrôle qu’un coin raide qui écarte soudainement l’assemblage.
Rabotez les coins plutôt que de vous fier à une pente sciée grossièrement. Ils n’ont pas besoin d’être identiques en couleur ou en veinage, mais leurs faces doivent être lisses et leurs pointes assez solides pour commencer dans les fentes sans s’émietter.
Préparez plusieurs coins de rechange. Lors du collage, il est utile d’en avoir un autre sous la main plutôt que de s’arrêter pour en refaire un.
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6. Assembler entièrement à sec
Assemblez le joint sans colle. Mettez les épaulements en place, engagez légèrement les coins et vérifiez trois choses : les coins commencent proprement, le tenon ne se fend pas et la pièce mortaisée reste plane et sans contrainte.
Retirez les coins et inspectez le tenon. Une légère compression au niveau des fentes est normale. Une fissure qui part d’une fente vers l’épaulement ne l’est pas. Si elle apparaît, arrêtez-vous et réduisez l’épaisseur du coin ou allongez la partie de bois plein laissée sous la fente.
N’enfoncez pas les coins jusqu’à leur position finale lors de l’essai à sec. L’objectif est de vérifier leur trajet et la résistance rencontrée, non d’épuiser l’assemblage avant le collage.
7. Coller et chasser les coins dans un ordre calme
Disposez les serre-joints, le maillet, les coins, un chiffon humide et une cale protectrice avant d’appliquer la colle. Étendez de la colle sur les parois de la mortaise et les joues du tenon. Évitez de noyer les fentes ; un excès de colle à cet endroit peut faire agir les coins comme des pistons hydrauliques et créer du désordre sans renforcer l’assemblage.
Enfoncez le tenon jusqu’à ce que les épaulements se ferment. Vérifiez que l’ensemble reste d’équerre. Appliquez une légère couche de colle sur les faces des coins, insérez-les dans les fentes et chassez-les alternativement par des coups de maillet contrôlés. Utilisez une petite cale entre le maillet et le coin si les extrémités des coins sont délicates.
Écoutez et observez pendant que vous les enfoncez. Les coins doivent se resserrer progressivement. Arrêtez-vous si la mortaise commence à s’ouvrir, si une fissure apparaît près d’un bord ou si le coin devient soudain impossible à enfoncer avant que l’assemblage soit fermé. Davantage de force est rarement la solution ; retirez le coin tant que la colle est fraîche, si possible, puis corrigez sa pente ou la fente.
Laissez le tenon et les coins saillants. Essuyez la colle qui déborde sur les épaulements et la face environnante avec un chiffon humide, en prenant soin de ne pas faire pénétrer de colle dans le bois ouvert ni de laisser une zone mouillée sur un bois non fini.
Araser et finir après le séchage
Laissez la colle durcir complètement avant l’arasement. Sciez le tenon et les coins saillants près de la surface avec une scie fine, en utilisant au besoin une fine carte ou une chute de placage pour protéger la face environnante. Parez ou rabotez ensuite la dernière fraction jusqu’à affleurement. Un rabot de paume bien affûté, réglé pour un copeau fin, est particulièrement agréable sur une assise large et plane.
Travaillez du bois environnant vers le tenon apparent lorsque le sens du fil le permet. Cela réduit le risque d’arracher des fibres au bord de la mortaise. Un léger raclage final ou un ponçage fin peut fondre la surface, mais n’adoucissez pas tellement l’assemblage que son contour net disparaisse.
Erreurs à éviter
- Couper la mortaise trop près d’un bord. Un coin peut fendre même un bon bois dur s’il reste trop peu de matière autour de l’ouverture.
- Utiliser un tenon lâche. Les coins ne sont pas du mastic. Ajustez les joues et les épaulements avant de couper les fentes.
- Faire les fentes trop près des épaulements. Le bois restant peut se fendre lorsque les coins sont chassés.
- Chasser des coins trop raides ou trop gros. Une pente douce donne des avertissements et du contrôle ; un coin épais peut faire éclater la mortaise brusquement.
- Forcer l’essai à sec. Si le tenon exige des coups forts avant même l’ajout des coins, il demande un ajustage supplémentaire.
- Araser avant que la colle ait durci. Un arasement prématuré peut perturber l’assemblage et arracher des fibres autour de l’ouverture.
Un tenon traversant chevillé par des coins bien réalisé n’a besoin d’aucun effet spectaculaire. Ses épaulements reposent discrètement contre la pièce, les coins sont réguliers et intentionnels, et le bois de bout reste net autour d’eux. Avec un traçage soigneux et une force mesurée, il devient l’un des assemblages apparents les plus utiles pour les petits meubles.